La conversation du dimanche soir

« Alors, tu as passé un bon week-end ? »

Bonne question. Voyons.

Samedi matin : réveil à 10h, culpabilité immédiate. J’aurais dû me lever plus tôt. Être productif. Aller courir. Faire du yoga. Être cette version idéale de moi que je vois sur Instagram.

Au lieu de ça : café, scroll pendant une heure. Envie de rien faire. Mais impossible de rien faire sans culpabiliser. Alors j’ai fait semblant d’être occupé. Rangé deux trucs. Lancé une machine. Productivité minimale pour calmer la culpabilité.

Samedi après-midi : courses au supermarché. Acheté des trucs dont j’ai pas besoin. Vu des gens acheter encore plus de trucs dont ils ont pas besoin. Tout le monde avec des caddies pleins et des têtes vides. On rentre. On range. On oublie la moitié. Ça périra au fond du frigo.

Samedi soir : Netflix. Choisi une série. Passé 30 minutes à choisir la série. Regardé 10 minutes de la série. Repris le téléphone. Scrollé Instagram en « regardant » la série. Ni vraiment regardé la série, ni vraiment regardé Instagram. Juste… consommé du vide.

Coucher : 1h du matin. Me suis dit « demain je me lève tôt ». (Spoiler : non.)

Dimanche matin : réveil à 11h. Culpabilité encore pire. Le dimanche est déjà à moitié fini. J’ai raté le week-end. Angoisse du lundi qui approche. Scroll de compensation.

Dimanche midi : brunch. Pris en photo. Posté. Attendu les likes. Dopamine temporaire. Vide ensuite.

Dimanche après-midi : voulu faire quelque chose de « bien ». Me cultiver. Lire. Créer. Ai ouvert un livre. Lu trois pages. Repris le téléphone. Fermé le livre. Mis une série en fond. Re-scrollé.

Dimanche 18h : angoisse du dimanche soir arrive. Cette angoisse sourde qui dit « demain c’est lundi ». Envie de profiter des dernières heures. Mais profiter comment ? Aucune idée. Alors Netflix. Encore.

Dimanche 22h : préparation mentale du lundi. Angoisse montante. Liste mentale de tout ce qui m’attend. Fatigue alors que j’ai rien fait du week-end. Paradoxe total.

Dimanche 23h : insomnie. Trop d’écrans. Trop de vide. Trop de rien. Je regarde le plafond en me disant « ce week-end j’ai rien fait de ce que je voulais faire ».

Alors pour répondre à ta question : « Tu as passé un bon week-end ? »

Je réponds : « Ouais, tranquille. »

Parce que dire la vérité prendrait trop de temps.

Et surtout parce que la vérité fait peur.

La vérité, c’est que j’ai passé deux jours à fuir.

Fuir le silence. Fuir l’ennui. Fuir mes pensées. Fuir le vide.

En le remplissant de vide numérique.

La vérité, c’est que je sais même plus ce que « se reposer » veut dire.

Repos = écrans ? Repos = séries ? Repos = scroll infini ?

Non. Ça, c’est pas du repos.

C’est de l’anesthésie.

Mais bon.

« Ouais, tranquille. Et toi ? »

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One Comment

  1. Très pertinent 🙏🏻
    En effet ça n’a rien de « bon »….
    Est ce que ceux qui posent cette question sont interressés par notre réponse ?
    Est ce que si je répond ils vont entendre ?
    Et dire qu on a « raté » son weekend ça demande du courage et un certain accueil de la part d autrui…
    Se l avouer à soit même c est déjà pas de la tarte 😅
    Et qd les week-ends ont été douleurs, incompréhensions, injures ….reçues, cris pas assumés…
    Seule tous mes weekends sont réussis du coup 😉
    Même avec les moments pas drôles

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